La question revient souvent dès qu’on parle de réchauffement climatique, de pôle Nord ou de montée du niveau des océans. Pourtant, la réponse demande une distinction simple mais décisive : toutes les glaces ne jouent pas le même rôle. La banquise, les icebergs, les glaciers de montagne, le Groenland ou l’Antarctique n’ont pas le même impact sur le niveau marin.
La fonte de la banquise impressionne par son ampleur et ses effets sur les écosystèmes polaires, mais elle n’augmente pas directement le niveau global de la mer comme le font les glaces posées sur les continents. Pour bien comprendre la montée des eaux, il faut revenir à quelques bases de physique, puis regarder les chiffres observés aujourd’hui.
La fonte de la banquise fait-elle monter le niveau de la mer ?
Non, la fonte de la banquise ne fait pas monter le niveau global de la mer de manière significative. La raison est physique : la banquise est une glace de mer flottante. Quand elle fond, elle restitue à l’océan un volume d’eau très proche de celui qu’elle déplaçait déjà en flottant.
Cette idée corrige une confusion fréquente. Voir moins de glace à la surface de l’océan ne signifie pas automatiquement que les mers montent à cause de cette fonte précise. La hausse observée du niveau marin, de l’ordre de 3 millimètres par an en moyenne, provient surtout d’autres mécanismes, notamment la fonte des glaces terrestres et la dilatation thermique de l’eau de mer.
La banquise reste toutefois un marqueur majeur du changement climatique. Elle fait partie de la cryosphère, c’est-à-dire l’ensemble des zones où l’eau est présente à l’état solide. Cette cryosphère couvre environ 10 % de la surface de la Terre et comprend aussi les calottes glaciaires, près de 200 000 glaciers, la neige et le pergélisol.
Sa disparition n’est donc pas anodine. Elle modifie l’albédo de la planète, perturbe les milieux polaires et accélère certaines rétroactions climatiques. Mais sur la seule question de la montée immédiate des eaux, la banquise n’est pas le moteur principal.
Quelle différence entre banquise et glacier ?
La confusion entre ces termes fausse souvent le débat. Pour comprendre pourquoi certaines glaces font monter la mer et d’autres non, il faut distinguer leur lieu de formation et leur position par rapport à l’eau.
La banquise : une glace de mer qui flotte déjà sur l’océan
La banquise est une couche de glace qui se forme à la surface de l’océan dans les régions polaires, surtout en Arctique et en Antarctique. L’Arctique est un océan entouré de terres, situé au pôle Nord. C’est là que la banquise arctique est devenue un indicateur très suivi du changement climatique.
La formation de la banquise commence lorsque l’eau de mer descend sous -1,8 °C. Elle passe par plusieurs étapes :

- soupe glacée, avec des cristaux en suspension
- frasil, sous l’effet du vent
- crêpes de glace, pouvant atteindre environ 3 m de diamètre
- jeune glace, de 10 à 30 cm
- glace de première année, de 30 cm à 2 m
- glace pluriannuelle, jusqu’à 3 m et plus
On distingue aussi deux grands types de banquise :
- le pack-ice, flottant et dérivant
- la fast-ice, fixée aux côtes
Lors de sa formation, la glace expulse une partie du sel contenu dans l’eau de mer. Une fraction reste piégée dans de petites poches de saumure, l’autre précipite vers le fond. Ce détail compte lorsqu’on cherche à expliquer finement ce qui se passe au moment de la fonte.
Les glaciers et calottes glaciaires : des glaces posées sur les terres
Les glaciers continentaux, les glaciers de montagne et les grandes calottes glaciaires sont différents : ils reposent sur des terres émergées. Quand cette glace fond, l’eau issue de la fonte rejoint l’océan et ajoute un volume d’eau nouveau. C’est ce mécanisme qui fait monter le niveau de la mer.
Les deux géants de cette glace terrestre sont le Groenland et l’Antarctique. À eux seuls, leurs inlandsis couvrent environ 3 % de la surface terrestre. Les glaciers existent aussi sur tous les continents, des Alpes à la Patagonie, de l’Alaska au Caucase, en passant par la Nouvelle-Zélande.
Entre 1961 et 2016, les glaciers du monde ont perdu plus de 9 000 milliards de tonnes de glace. Cette perte a contribué à une élévation d’environ 27 millimètres du niveau global de la mer. Les régions qui ont le plus pesé dans cette hausse sont l’Alaska, la Patagonie et les régions arctiques.
Aujourd’hui, la perte globale de masse des glaciers est estimée à environ 335 milliards de tonnes par an, soit presque 1 millimètre de hausse du niveau marin par an. Ces chiffres reposent sur des observations de terrain, des mesures géodésiques par satellite et les données du World Glacier Monitoring Service, avec des analyses portant sur plus de 19 000 glaciers.
Pourquoi la glace qui flotte ne fait-elle pas monter l’eau ?
La réponse tient à une loi physique simple. Une glace flottante déplace déjà une certaine quantité d’eau avant de fondre. Quand elle devient liquide, elle n’apporte pas soudainement un volume supplémentaire comparable à celui d’une glace continentale.
Le principe d’Archimède appliqué à la banquise
Le principe d’Archimède dit qu’un corps flottant déplace un volume de liquide dont le poids est égal à son propre poids. Autrement dit, la banquise flotte parce qu’elle a déjà déplacé la masse d’eau nécessaire pour l’équilibrer.
Quand cette glace fond, elle produit une quantité d’eau correspondant à sa masse. Dans le cas d’une glace flottante, cela revient à remplacer l’eau déplacée. Le niveau ne monte donc pas, ou seulement d’une façon très légère dans le cas réel de l’eau de mer, comme on le verra plus loin.
Des expériences pédagogiques l’illustrent très bien. Dans un bac, avec deux blocs de glace de 150 kg chacun, on peut simuler deux situations :
- un bloc plongé dans l’eau, qui représente la banquise
- un bloc posé au-dessus de l’eau, qui représente une calotte glaciaire
Quand le premier fond, le niveau ne change pas. Quand le second fond, le niveau d’eau monte. Toute la différence est là : glace flottante contre glace posée sur la terre.
L’exemple simple du verre d’eau avec des glaçons
L’expérience du verre d’eau avec des glaçons reste la démonstration la plus intuitive. Dans un verre rempli d’eau douce, si l’on ajoute des glaçons puis qu’on attend leur fonte, le niveau ne déborde pas. Les glaçons flottaient déjà en déplaçant l’eau nécessaire.
Cette démonstration est souvent utilisée dans les ressources pédagogiques, notamment par La main à la pâte, qui s’appuie aussi sur la comparaison entre banquise, glaciers continentaux et dilatation de l’eau. La séquence proposée dure 1 h 30 et sert à travailler l’expérience, le vocabulaire scientifique et la lecture documentaire.
Le verre d’eau a une limite : il reproduit parfaitement le cas d’une glace flottant dans de l’eau douce, mais il ne rend pas exactement la situation d’une banquise dans une eau salée. La nuance est réelle, mais l’ordre de grandeur reste très faible par rapport aux autres causes de hausse du niveau marin.

La fonte des icebergs augmente-t-elle le niveau des océans ?
Non, pas de façon significative. Comme la banquise, les icebergs flottent déjà dans l’océan. Ils sont souvent issus de glaciers ou de plateformes de glace qui se détachent, puis dérivent en mer. Une fois flottants, leur fonte suit la même logique physique : ils remplacent essentiellement l’eau qu’ils déplaçaient déjà.
Cela permet de corriger une autre idée reçue très répandue. Les images d’icebergs qui se cassent ou fondent sont spectaculaires, mais ce n’est pas leur fonte en mer qui fait monter les océans. L’impact sur le niveau marin se produit plus tôt, au moment où de la glace venue des terres est transférée vers l’océan.
Autrement dit, le vrai sujet n’est pas l’iceberg déjà à l’eau, mais la perte de masse des glaciers continentaux qui l’ont alimenté.
Pourquoi l’eau salée change-t-elle légèrement l’explication ?
La formule « la glace qui flotte ne fait pas monter l’eau » est juste pour comprendre l’essentiel. Mais si l’on entre dans le détail, la mer n’est pas de l’eau douce. Sa salinité modifie légèrement le comportement de la glace et le bilan final après la fonte.
En mer, la glace flotte différemment qu’en eau douce
Dans l’eau salée, la densité de l’eau est plus élevée que dans l’eau douce. La glace y émerge davantage. Cela signifie qu’à masse égale, elle déplace un volume d’eau un peu différent de celui qu’elle déplacerait dans un verre d’eau douce.
Des ressources scientifiques comme celles de Planet-Terre rappellent que l’analogie classique du glaçon dans un verre d’eau douce ne reproduit donc pas exactement le cas de la banquise. Le volume déplacé en mer est légèrement réduit, ce qui peut créer un petit écart théorique après la fonte.
Pourquoi l’effet réel reste minime à l’échelle des océans
Cette nuance existe, mais elle reste très faible face aux autres mécanismes responsables de la montée des eaux. À l’échelle des océans, l’effet principal ne vient pas de cette correction liée à la salinité, mais bien de la perte de glaces terrestres et du réchauffement de l’eau de mer.
Raisonner en ordres de grandeur évite de surestimer un détail physique secondaire. La banquise fondante pose des problèmes climatiques majeurs, mais sa contribution directe au niveau marin reste marginale comparée aux volumes d’eau ajoutés par les glaciers et les calottes sur terre.
| Type de glace | Où se trouve-t-elle ? | Flotte déjà ? | Impact direct sur le niveau de la mer lors de la fonte |
|---|---|---|---|
| Banquise | À la surface de l’océan | Oui | Très faible, globalement négligeable |
| Iceberg | Dans l’océan | Oui | Très faible, globalement négligeable |
| Glacier de montagne | Sur les terres | Non | Oui, ajoute de l’eau aux océans |
| Calotte du Groenland | Sur les terres | Non | Oui, contribution importante |
| Calotte antarctique | Sur les terres | Non | Oui, contribution importante mais variable selon les zones |
Qu’est-ce qui fait vraiment monter les eaux ?
La hausse du niveau marin observée aujourd’hui résulte surtout de deux mécanismes. Le premier est l’ajout d’eau aux océans par la fonte des glaces continentales. Le second est la dilatation thermique de l’eau de mer, qui prend plus de place lorsqu’elle se réchauffe.
La fonte des glaciers continentaux et des calottes du Groenland et de l’Antarctique
La disparition des glaces terrestres est au cœur du problème. Le niveau moyen des mers augmente d’environ 3 millimètres par an, et une part importante de cette hausse vient des glaciers et des grandes calottes polaires.
Selon les estimations mentionnées ici :
- la disparition des glaces terrestres de l’Arctique contribuerait à 25 % à 40 % de la hausse du niveau de la mer
- dans cette part, le Groenland représenterait environ 10 %
- l’Antarctique, surtout l’Ouest antarctique, contribuerait à moins de 15 %
- une autre estimation attribue à la fonte des glaciers mondiaux 25 à 30 % de l’augmentation du niveau marin
La dynamique récente est préoccupante. Le taux de fonte des glaces a augmenté de 65 % en 30 ans. Il est passé d’environ 800 milliards de tonnes par an dans les années 1990 à 1 300 milliards de tonnes par an en 2017. Certaines synthèses parlent même d’une fonte trois fois plus rapide qu’avant.
Cette accélération est liée au réchauffement provoqué par les activités humaines depuis le début de l’ère industrielle. Les glaces fondent plus tôt, se reforment plus difficilement en hiver et perdent de la masse plus vite qu’auparavant. La fonte actuelle de l’ensemble des glaciers est d’ailleurs considérée comme approximativement équivalente à la perte de masse de la calotte du Groenland et supérieure à celle de l’Antarctique.
Les conséquences sont déjà sociales et géopolitiques. La montée des eaux fragilise les littoraux, accentue l’érosion, augmente les risques de submersion et alimente à terme des déplacements de population. Le terme de réfugiés climatiques apparaît de plus en plus souvent dans ce contexte.
La dilatation thermique de l’eau de mer
L’eau n’a pas besoin de recevoir de nouveaux apports pour faire monter le niveau des mers. Lorsqu’elle se réchauffe, elle se dilate. L’océan mondial absorbe une grande partie de l’excès de chaleur lié au changement climatique. Il se réchauffe moins vite que l’atmosphère grâce à sa forte inertie thermique, mais il stocke énormément d’énergie.
Cette dilatation thermique représente une part majeure de la hausse du niveau marin. Elle s’ajoute à la fonte des glaces terrestres et explique pourquoi les océans montent même dans les zones très éloignées des glaciers.
Le réchauffement de l’océan s’inscrit dans un système climatique plus large. Quand la glace recule, la surface sombre de l’eau est davantage exposée. Or la glace renvoie jusqu’à 80 % des rayons solaires vers l’espace, tandis que les océans absorbent environ 90 % de la lumière du soleil et 25 % du CO2. Moins de glace signifie donc plus d’absorption d’énergie, ce qui accentue le réchauffement.
À cela s’ajoutent d’autres rétroactions, notamment dans le pergélisol, ce sol gelé en permanence qui couvre près d’un quart des terres de l’hémisphère Nord. Son dégel peut libérer du méthane, un gaz à effet de serre puissant, ce qui renforce encore le réchauffement et la fonte.
Comprendre la fonte de la banquise permet donc d’éviter une erreur classique, mais aussi de mieux cibler le vrai enjeu. Le danger pour le niveau des mers vient surtout de la glace terrestre qui disparaît et de la chaleur accumulée par les océans. Cette distinction aide à lire les chiffres climatiques avec plus de précision et à ne pas confondre les signaux visibles du réchauffement avec ses mécanismes les plus déterminants.





