Le prix électricité nucléaire revient souvent dans le débat public, mais il recouvre en réalité plusieurs notions. Entre le coût de production d’un MWh, le prix de vente sur le marché, les mécanismes de régulation et le montant final affiché sur la facture, les écarts peuvent être importants. Depuis l’annonce de la fin de l’ARENH au 31 décembre 2025 et la mise en place d’un nouveau cadre à partir de 2026, le sujet est devenu encore plus stratégique.
Les données publiées par la CRE en 2023 puis en 2025 permettent désormais d’avoir des ordres de grandeur solides pour le parc nucléaire historique français. Elles montrent aussi pourquoi il faut distinguer le nucléaire existant, prolongé jusqu’à 60 ans, des nouveaux réacteurs de type EPR, beaucoup plus coûteux à produire.
Combien coûte vraiment le prix électricité nucléaire
Parler du prix de l’électricité nucléaire sans préciser ce dont il s’agit entretient souvent la confusion. Le coût de production du parc nucléaire historique n’est pas le même que le prix de référence discuté entre l’État et EDF, ni le même que le tarif payé par un ménage.
Les ordres de grandeur retenus par la CRE pour le parc nucléaire historique
La CRE, dans son évaluation publiée le 30 septembre 2025, estime le coût complet de production de l’électricité issue du parc nucléaire historique à 60,3 €2026/MWh sur la période 2026-2028, soit 61,5 €/MWh en euros courants. Pour 2029-2031, elle retient 63,4 €2026/MWh, soit 68,4 €/MWh courants.
Le parc nucléaire historique retenu dans ce calcul correspond aux installations dont l’autorisation initiale d’exploiter a été délivrée avant le 1er janvier 2026. Il comprend 57 réacteurs, Flamanville 3 inclus, mais sans les futures tranches EPR2.
Ces estimations s’inscrivent dans la continuité du rapport publié par la CRE le 13 novembre 2023, qui évaluait le coût complet du nucléaire existant à :
- 60,7 €/MWh sur 2026-2030 en euros 2022
- 59,1 €/MWh sur 2031-2035
- 57,3 €/MWh sur 2036-2040
Ces chiffres montrent une relative stabilité du coût du nucléaire historique, à condition de conserver des hypothèses de production élevées et une prolongation des réacteurs jusqu’à 60 ans.
Le prix de référence autour de 70 €/MWh à partir de 2026
À côté du coût complet calculé par la CRE, un autre chiffre revient souvent, celui d’un prix de référence autour de 70 €/MWh. Il provient de l’accord conclu entre l’État et EDF en novembre 2023 pour préparer l’après-ARENH.
Ce niveau n’est pas identique au coût de production strict. Il correspond plutôt à un repère de régulation censé concilier plusieurs objectifs :
- préserver une électricité compétitive pour l’industrie
- limiter la volatilité des prix pour les ménages
- permettre à EDF de financer ses investissements futurs, notamment six nouveaux réacteurs d’ici 2050
Autrement dit, un coût de production autour de 60 à 63 €/MWh peut coexister avec un prix de référence proche de 70 €/MWh, car le second intègre une logique économique et réglementaire plus large.
| Indicateur | Période | Montant | Source |
|---|---|---|---|
| Coût complet du parc nucléaire historique | 2026-2028 | 60,3 €2026/MWh | CRE 30/09/2025 |
| Coût complet en euros courants | 2026-2028 | 61,5 €/MWh | CRE 30/09/2025 |
| Coût complet du parc nucléaire historique | 2029-2031 | 63,4 €2026/MWh | CRE 30/09/2025 |
| Coût complet en euros courants | 2029-2031 | 68,4 €/MWh | CRE 30/09/2025 |
| Prix de référence du futur cadre | À partir de 2026 | Autour de 70 €/MWh | Accord État EDF 2023 |
| Prix ARENH | Jusqu’au 31/12/2025 | 42 €/MWh | Loi Nome |
Comment se calcule le prix électricité nucléaire
Le calcul du prix électricité nucléaire repose sur une logique de coût complet. Il ne s’agit pas seulement du combustible consommé chaque année, mais de l’ensemble des dépenses passées, présentes et futures liées au parc.
Les composantes du coût de production nucléaire
Le coût total de production additionne trois grandes familles de charges :
- les coûts passés, comme la recherche et développement, la construction des réacteurs et des infrastructures
- les coûts présents, comme l’exploitation, la maintenance et les dépenses de sûreté
- les coûts futurs, comme le démantèlement, la gestion des combustibles usés et le traitement des déchets radioactifs
La Cour des comptes a déjà indiqué que cette structure de coûts était globalement bien identifiée, sans raison sérieuse de parler de coûts cachés non intégrés au calcul.
Le rôle de l’amortissement des centrales dans le prix
Le nucléaire se distingue par un investissement initial très élevé. Une fois les centrales construites, le coût de fonctionnement reste relativement modéré par rapport à d’autres moyens pilotables. Le niveau final du MWh dépend donc fortement de l’amortissement des installations sur la durée.
Quand la durée d’exploitation est prolongée à 60 ans au lieu de 40, les investissements passés sont répartis sur un plus grand nombre d’années et de MWh produits. Cela contribue à maintenir un coût du nucléaire historique autour de 60 €/MWh. C’est une hypothèse centrale dans les travaux de la CRE, alignée sur la stratégie annoncée depuis le discours de Belfort du 10 février 2022.
Les coûts d’exploitation et de maintenance à prendre en compte
Le parc nucléaire français doit absorber des coûts d’exploitation importants, en particulier avec le vieillissement des réacteurs. Cela comprend :
- la maintenance courante
- les arrêts de tranche
- les travaux de sûreté
- les dépenses de personnel
- les opérations liées au grand carénage et aux prolongations d’exploitation
La trajectoire de production retenue joue un rôle décisif. Si les volumes produits baissent, le coût par MWh augmente mécaniquement. La CRE rappelle d’ailleurs que la production observée entre 2014 et 2024 a connu de fortes variations, de l’ordre de 20 TWh par an en moyenne, soit environ 5 % de la production annuelle moyenne sur la période, hors année 2022.
Le poids du combustible et de la gestion des déchets
Contrairement à une idée répandue, le combustible ne constitue pas la principale composante du coût du nucléaire. L’uranium naturel ne représente qu’environ 5 à 7 % du coût de production. Cela rend le nucléaire moins sensible aux variations de matière première que les centrales au gaz ou au charbon.
En revanche, les coûts liés au cycle du combustible restent bien présents :

- achat et transformation de l’uranium
- fabrication du combustible
- traitement des combustibles usés
- gestion à long terme des déchets radioactifs
Ces postes sont intégrés dans les approches de coût complet.
Le démantèlement des centrales est-il inclus dans le prix du nucléaire
Oui, dans une logique de coût complet, le démantèlement fait partie du calcul. Il en va de même pour une partie des charges futures liées aux déchets et au combustible usé. C’est l’une des raisons pour lesquelles le coût complet diffère du coût comptable.
Dans son rapport de 2023, la CRE distinguait ainsi :
- un coût complet de 60,7 €/MWh sur 2026-2030
- un coût comptable de production de 57,8 €/MWh sur la même période
L’écart provient des éléments extra-comptables, des rémunérations du capital et des charges futures intégrées selon une approche économique plus large.
Pourquoi le prix du nucléaire change-t-il selon les estimations
Les débats sur le prix du nucléaire sont souvent alimentés par des chiffres différents publiés à quelques mois ou quelques années d’écart. Cette divergence ne signifie pas forcément qu’un acteur se trompe. Elle tient surtout à la méthode choisie.
Pourquoi les estimations de la CRE et d’EDF diffèrent
En 2025, la CRE évalue le coût complet à 60,3 €/MWh pour 2026-2028 et 63,4 €/MWh pour 2029-2031. EDF, de son côté, avance des niveaux bien plus élevés, autour de 79,6 €/MWh puis 81,5 €/MWh.
Ces écarts s’expliquent par plusieurs facteurs :
- des hypothèses différentes sur le niveau de production
- une appréciation différente des risques industriels et d’exploitation
- des choix distincts sur la rémunération du capital
- une lecture plus ou moins protectrice du cadre de régulation
Dans son rapport de 2023, la CRE rappelait déjà que son schéma de régulation reposait sur un prix de vente garanti très protecteur pour EDF et pour le coût moyen pondéré du capital. Dans un cadre davantage exposé au marché, ce CMPC pourrait être revu à la hausse, ce qui renchérit mécaniquement le MWh.
Pourquoi le prix varie selon les périodes de référence
Les estimations changent aussi selon la période étudiée et la base monétaire retenue. Un coût exprimé en euros 2022 n’est pas directement comparable à un coût en euros 2026 ou en euros courants. Il faut aussi tenir compte de l’inflation, de la maintenance prévue, du rythme de production et du calendrier des investissements.
La CRE avait par exemple publié en 2023 un coût complet de 60,7 €/MWh pour 2026-2030, puis en 2025 une estimation de 60,3 €2026/MWh pour 2026-2028. Le niveau reste proche, mais la méthodologie a changé. Le rapport de 2025 repose sur une valorisation intégrale de la production selon les conditions de marché, alors que le rapport de 2023 s’appuyait sur une régulation de type contrat pour différence symétrique sur un ruban d’énergie.
Quelle différence entre coût de production et prix payé par le consommateur
Le chiffre de 60 €/MWh environ ne correspond jamais directement à la facture finale d’un foyer. Entre la centrale et le compteur, plusieurs couches s’ajoutent.
Quel lien entre prix électricité nucléaire et facture finale
Le coût de production du nucléaire ne représente qu’une partie du prix total de l’électricité. La facture intègre aussi :
- le transport sur le réseau haute tension
- la distribution jusqu’au client final
- les coûts commerciaux du fournisseur
- les taxes et contributions prélevées par l’État
Une question parlementaire au Sénat rappelait qu’un coût de production du kWh nucléaire autour de 0,05 € pouvait coexister avec un prix de vente autour de 0,20 € TTC, avec des taxes et coûts d’acheminement représentant environ 60 % du montant total.
Le grand public retient souvent le prix final, alors que le débat sur le nucléaire porte d’abord sur le coût amont de production.
Pourquoi le coût de production ne suffit pas à expliquer le tarif payé
Le tarif payé dépend aussi du cadre réglementaire et du mode d’approvisionnement des fournisseurs. Jusqu’à fin 2025, une partie de l’électricité nucléaire d’EDF est vendue aux fournisseurs alternatifs via l’ARENH à 42 €/MWh. À partir de 2026, cette logique disparaît.
Le prix final dépendra alors davantage :
- des prix de marché
- des contrats d’achat ou de couverture des fournisseurs
- des mécanismes de taxation et redistribution du nouveau cadre
- de la politique tarifaire des acteurs du marché
Un marché proche de 62 €/MWh, comme cela a été évoqué en 2025, ne garantit donc pas automatiquement une baisse équivalente sur la facture résidentielle.
Qui fixe le prix de l’électricité nucléaire en France
Le prix de l’électricité nucléaire en France n’est pas fixé par un seul acteur. Il résulte d’un équilibre entre régulation publique, stratégie d’EDF et fonctionnement du marché.
Le rôle de la CRE, d’EDF et du cadre réglementaire
La CRE ne fixe pas le prix commercial du nucléaire au sens strict, mais elle joue un rôle central d’évaluation et de référence. La loi de finances pour 2025 prévoit qu’à partir du 1er janvier 2026, la CRE publiera une évaluation des coûts complets de production du parc nucléaire historique au moins tous les trois ans.
EDF, de son côté, produira et vendra l’électricité. L’entreprise cherche logiquement à défendre une valorisation suffisante pour couvrir ses charges, rémunérer son capital et financer ses futurs investissements. L’État, enfin, encadre le tout par la loi et par les mécanismes de régulation applicables après la fin de l’ARENH.
Ce que change la fin de l’Arenh en 2026
L’ARENH a été instauré le 1er juillet 2011 dans le cadre de la loi Nome du 7 décembre 2010. Il oblige EDF à vendre jusqu’à 100 TWh par an, soit environ un tiers de sa production nucléaire, aux fournisseurs alternatifs au prix régulé de 42 €/MWh.
Ce mécanisme prend fin le 31 décembre 2025. À compter du 1er janvier 2026, les fournisseurs devront s’approvisionner intégralement sur les marchés ou via leurs propres moyens de production. EDF pourra, de son côté, vendre la totalité de son électricité sur le marché.
Le changement est majeur :
- fin d’un prix régulé bas à 42 €/MWh
- retour complet à une logique de valorisation de marché
- mise en place d’un système de redistribution si les revenus d’EDF dépassent certains seuils
Le nouveau versement nucléaire universel expliqué simplement
Le dispositif appelé à remplacer l’ARENH repose notamment sur un Versement nucléaire universel, ou VNU. Son principe est simple sur le papier : EDF vend son électricité nucléaire sur le marché, mais si ses revenus deviennent trop élevés, une partie est taxée puis redistribuée aux consommateurs.
Le mécanisme s’articule autour de deux niveaux :
- un seuil de taxation
- un seuil d’écrêtement
Le sujet clé ne porte donc pas seulement sur le coût réel du nucléaire, mais aussi sur le bon réglage de ces seuils. S’ils sont trop élevés, les consommateurs profitent peu de la rente. S’ils sont trop bas, EDF peut voir sa capacité d’investissement réduite.
Le prix de l’électricité nucléaire va-t-il baisser en 2026
La réponse la plus honnête est la suivante : pas mécaniquement. La fin de l’ARENH ne signifie pas une baisse automatique, même si le coût du parc nucléaire historique reste relativement compétitif.
Ce que peuvent attendre les particuliers et les entreprises
Les particuliers et les entreprises peuvent espérer un cadre plus cohérent avec le coût réel du nucléaire, mais le passage par le marché rend le résultat plus incertain. Deux forces vont coexister :
- un parc nucléaire historique dont le coût complet reste autour de 60 à 63 €/MWh
- une commercialisation de l’électricité dans un cadre plus exposé aux prix de marché
Des associations comme UFC-Que Choisir ont alerté en février 2025 sur un risque de hausse forte des tarifs. À l’inverse, la philosophie du nouveau mécanisme est bien de rapprocher les tarifs du coût du nucléaire tout en redistribuant une partie des revenus jugés excessifs.
Le facteur décisif sera la qualité de la régulation après 2026. Un marché calme, des seuils de VNU bien calibrés et une bonne disponibilité du parc peuvent contenir les prix. Si la production nucléaire baisse ou si le marché se retend, la promesse d’une baisse devient plus fragile.
Le prix électricité nucléaire est-il plus faible que celui des autres sources d’énergie
Le nucléaire historique français reste souvent présenté comme compétitif, mais cette affirmation mérite quelques nuances. Il faut distinguer l’existant des nouveaux projets.
Le nucléaire est-il moins cher que le gaz et le charbon
Selon des données reprises par TotalEnergies à partir de la Cour des comptes, le coût de production d’1 MWh nucléaire a été estimé autour de 60 € en 2014, puis à 33 €/MWh en 2015 selon une autre méthode. Le gaz serait plutôt situé entre 35 et 45 €/MWh, et le charbon entre 20 et 25 €/MWh.
Pris isolément, ces chiffres pourraient faire croire que le charbon est moins cher que le nucléaire. Mais ils ne racontent pas toute l’histoire :
- ils dépendent fortement de la période de calcul
- ils ne couvrent pas toujours les mêmes coûts complets
- ils ne reflètent pas forcément le coût climatique ni les contraintes d’usage
En France, les centrales au gaz et au charbon servent surtout à la sécurité d’approvisionnement, pas à assurer la base du système électrique comme le nucléaire.
Comparer le coût du nucléaire historique et celui des nouveaux réacteurs
La comparaison la plus importante est celle entre le nucléaire historique et les nouveaux réacteurs. Le parc existant, déjà construit et prolongé, affiche des coûts complets autour de 60 €/MWh. Les nouveaux réacteurs de type EPR sont souvent évalués autour de 120 €/MWh.
Le message à retenir est simple : le nucléaire existant peut rester compétitif grâce à l’amortissement de son capital initial, mais le nouveau nucléaire demande des investissements beaucoup plus lourds. La CRE précise d’ailleurs que ses calculs sur le parc existant n’intègrent pas le financement des futurs réacteurs.
Cette distinction est essentielle pour lire correctement les chiffres. Quand un acteur affirme que le nucléaire est peu cher, il parle souvent du parc historique. Quand un autre évoque un coût élevé, il pense parfois aux EPR ou à une rémunération du capital plus exigeante.
À partir de 2026, le vrai sujet ne sera pas seulement le coût du MWh nucléaire, mais la manière dont la France transformera cet avantage industriel en prix stables et lisibles pour les consommateurs. C’est sur ce terrain que se jouera la crédibilité du nouveau cadre, entre financement du parc, protection des ménages et visibilité pour les entreprises.






